L'opposition à tiers détenteur
Voie de recouvrement propre aux organismes sociaux, douze mentions obligatoires à peine de nullité, un mois pour contester
L'URSSAF n'est pas obligée de passer par un commissaire de justice pour aller chercher l'argent chez un tiers. Munie d'un titre exécutoire, elle peut notifier elle-même une opposition à tiers détenteur, adressée à une banque, à un client, ou à toute personne qui détient ou doit des fonds au cotisant.
C'est la voie que beaucoup de cotisants découvrent sans savoir la nommer, parce qu'elle ressemble à une saisie sans en être une.
Les effets de l'opposition
Elle emporte, à concurrence des sommes visées, attribution immédiate au profit de l'organisme,
et rend le tiers personnellement tenu envers lui. Comme pour la saisie-attribution, ni une mesure
de prélèvement notifiée ensuite, ni l'ouverture d'une sauvegarde, d'un redressement ou d'une
liquidation judiciaire ne remettent en cause cette attribution
(R133-9-5, 9°).
Le tiers ne dispose que de deux jours pour communiquer à l'organisme les renseignements sur l'étendue de ses obligations envers le débiteur (10°).
Les douze mentions obligatoires, à peine de nullité
C'est le point d'attaque le plus concret. La lettre d'opposition doit comporter, sous peine de
nullité (R133-9-5) :
- le nom du débiteur et l'adresse de son domicile ou de son établissement (1°) ;
- les nom et domicile du tiers détenteur, ou sa dénomination et son siège (2°) ;
- la dénomination et le siège de l'organisme créancier (3°) ;
- la nature du titre exécutoire sur lequel l'opposition est fondée (4°) ;
- le décompte distinct des cotisations et des majorations et pénalités, ou des prestations indûment versées, et la période à laquelle elles se rapportent (5°) ;
- le fondement textuel de l'opposition (7°) ;
- l'indication que le tiers est personnellement tenu et qu'il lui est fait défense de disposer des sommes réclamées dans la limite de ce qu'il doit (8°) ;
- l'effet attributif immédiat et le concours entre créanciers (9°) ;
- le délai de deux jours du tiers détenteur (10°) ;
- la sanction encourue par le tiers qui se soustrait sans motif légitime (11°) ;
- l'indication que le tiers détenteur peut contester dans le délai d'un mois et la désignation de la juridiction compétente (12°).
Le 4° et le 5° sont ceux qu'un cotisant peut vérifier lui-même : sans nature du titre et sans
décompte distinct par période, l'opposition ne permet pas de retrouver l'origine des sommes. C'est
la même logique que les mentions obligatoires de la mise en demeure
(R244-1, Nullité de la mise en demeure pour incohérence de montants).
Une opposition portant sur des fonds détenus par un organisme public obéit en outre à une formalité supplémentaire, également à peine de nullité : elle doit être adressée au comptable public assignataire de la dépense et désigner la créance visée.
Les cas exclus de cette voie
L'opposition ne s'applique pas aux sommes dues à titre de rémunération, qui ne peuvent être saisies que dans les formes de la saisie des rémunérations, voir La saisie des rémunérations.
Contestation : un mois, devant le juge de l'exécution
Les contestations sont portées devant le juge de l'exécution, et formées par le débiteur dans
un délai d'un mois à compter de la notification de l'opposition, à peine d'irrecevabilité
(L133-4-9).
Le paiement est différé pendant ce délai, et jusqu'à ce qu'il soit statué, sauf si le juge autorise le paiement pour une somme qu'il détermine. Contester bloque donc effectivement le versement.
Deux exceptions où le paiement n'est pas différé, sauf décision contraire du juge :
- quand la créance fait suite à un contrôle au cours duquel un obstacle à contrôle a été établi ;
- quand le recours contre le titre exécutoire a été jugé dilatoire ou abusif.
Le solde bancaire insaisissable s'applique aussi
Le texte rend expressément applicables les articles L162-1 et L162-2 du Code des procédures
civiles d'exécution (L133-4-9). La somme à caractère alimentaire
doit donc être laissée à disposition comme pour une saisie-attribution
(L162-2), et la période de quinze jours ouvrables de
régularisation du compte s'applique également
(L162-1).
C'est un point souvent ignoré : l'opposition n'est pas une voie sans protection.
Étape précédente
Voie voisine
La saisie-attribution sur compte bancaire, qui suppose l'intervention d'un commissaire de justice et relève du Code des procédures civiles d'exécution.
Les règles de base, quelle que soit votre situation
- 1Contacter l'Urssaf, même sans pouvoir payer
Le directeur de votre organisme de recouvrement peut accorder un échéancier de paiement et un sursis à poursuites, sans durée maximale fixée par la loi (article R243-21).
La demande se formule depuis votre espace en ligne, à n'importe quel stade, y compris quand vous ne pouvez rien verser aujourd'hui. Elle est motivée : origine des difficultés, ressources et charges actuelles, durée estimée.
Sans démarche de votre part, la procédure continue vers la mise en demeure, la contrainte, puis la saisie.
Les quatre demandes possibles - 2Déclarer dans les délais, au montant réel
La déclaration et le paiement sont deux obligations distinctes (article L613-2). Déclarez à l'échéance, même sans verser : la remise automatique des majorations est réservée au cotisant qui respecte ses obligations déclaratives (article R243-11).
Sans déclaration, les cotisations sont calculées d'office sur une base forfaitaire, majorée de 25 % par année non déclarée (article R613-1-2).
Déclarer une partie seulement de son chiffre d'affaires entre dans la définition du travail dissimulé (article L8221-3). Un procès-verbal porte alors la prescription de trois à cinq ans (article L244-11).
Déclarer sans pouvoir payer - 3Repérer le délai attaché au document reçu
Chaque document a son propre délai : un mois pour payer après une mise en demeure (article L244-2), quinze jours pour s'opposer à une contrainte (article R133-3), deux mois pour saisir la commission de recours amiable (article R142-1), un mois pour contester une saisie-attribution (article R211-11).
Un délai dépassé rend la contestation correspondante irrecevable. Les demandes de paiement restent possibles après.
Le délai qui court dans votre dossier - 4Vérifier les mentions obligatoires avant de payer
Une mise en demeure précise la cause, la nature et le montant des sommes réclamées, ainsi que la période concernée (article R244-1).
Les délais et voies de recours ne vous sont opposables que s'ils figurent dans la notification (article R142-1-A). Un document incomplet devient un motif de contestation.
Vérifier votre courrier - 5Vérifier la prescription avant de reconnaître la dette
La reconnaissance d'une dette interrompt la prescription et fait repartir un délai entier de trois ans (article 2240 du Code civil).
Sur une dette ancienne, les dates se vérifient avant l'envoi d'une demande d'échéancier. Cette vérification porte sur la dette ancienne, la déclaration de la période en cours reste due.
Calculer la prescription